[Une élite dirigeante] Comment l'élite locale a-t-elle utilisé les institutions romaines?
Les notables qui accédaient aux magistratures locales suivaient la carrière des honneurs (cursus honorum), certes plus réduit et moins prestigieux qu'à Rome.Ils étaient élus pour une durée assez courte. Le premier degré du cursus était la questure (mentionnée une seule fois dans les inscriptions). Le questeur devait être chargé des finances de la ville. Puis on accédait à l'édilité. Les deux édiles de la cité s'occupaient de la police, de la surveillance des travaux publics et des marchés. Enfin, on pouvait accéder au duumvirat. Les deux dummvirs surveillaient l'administration générale et présidaient les tribunaux et les assemblées. Les titres d'ancien édile et d'ancien duumvir devaient être sources de prestige, car ils figurent dans plusieurs inscriptions volubilitaines. Les anciens magistrats (et peut-être les jeunes gens issus des grandes familles locales) entraient ensuite dans l'ordo, l'ordre des décurions. Ce sénat local, équivalent d'un conseil municipal, contrôlait par décret la vie religieuse et les finances. Il autorisait l'érection de monuments et de statues dédiées à des particuliers. Grâce à l'épigraphie, nous connaissons une quinzaine de personnages qui ont souvent cumulé toutes ces fonctions. Près de la moitié d'entre eux appartenait à la famille des Caecilii. L'aristocratie volubilitaine accaparait ainsi les magistratures locales. Elle cherchait aussi à entrer au service de l'empereur et à suivre le cursus honorum des chevaliers et sénateurs.

D'après l'épigraphie, six Volubilitains au moins sont entrés dans l'ordre des chevaliers. Ils appartenaient à quatre grandes familles locales (les Caecilii, les Pompeii, les Antonii et les Ocratii). Le fils d'un Volubilitain devint ainsi procurateur de l'empereur, après que son père eut gravi les premiers échelons de l'ordre équestre. Un membre de la famille des Ocratii devint même sénateur.

Les institutions religieuses étaient également source de promotion pour cette élite locale. A l'image de Rome, où chevaliers et sénateurs exerçaient certains sacerdoces prestigieux, les notables de Volubilis pouvaient porter les titres de flamines et flaminiques (prêtres et prêtresses du culte public). Ceux-ci étaient élus annuellement. Les flamines et flaminiques de chaque cité désignaient leurs représentants au sacerdoce de la province. Deux Volubilitaines ont ainsi accédé au rang de flaminiques de la Maurétanie tingitane.

Les grandes familles de Volubilis contrôlaient à la fois la vie religieuse, municipale et économique de la cité. Elles ont su utiliser à leur profit les institutions du monde romain, qui leur donnaient accès à l'élite impériale. Leur attachement à l'empire était d'autant plus fort que le pouvoir de l'empereur leur garantissait l'ordre et les possibilités de promotion nécessaires à leurs ambitions. C'est donc parmi ces élites locales que le romanisation fut sans doute la plus rapide et le plus profonde.

La carrière d'un magistrat
la carrière d'un chevalier
A Lucius Pompeius Senior, de la tribu Claudia, Volubilitain, tribun militaire de la VIIIe légion Auguste, préfet de la cohorte II Flavia Afrorum, agrégé à l'ordre équestre par le divin Pius (l'empereur), décurion de son municipe, ses fils Pompeius Antonianus et Pompeius Manlianus ont érigé cette statue.

Ce personnage a d'abord fait carrière dans sa cité (il a été décurion). Puis l'empereur Antonin le Pieux (138-161) l'a désigné pour entrer dans l'ordre équestre, dont il a gravi les deux premiers échelons militaires: il a été préfet d'une cohorte en Tripolitaine, puis tribun (officier supérieur) d'une légion stationnée à Strasbourg.

A Marcus Valerius Honoratus, fils de Tuscus, décurion, ancien édile, ancien duumvir, Valerius Tuscus, son fils, a érigé cette statue à son père très respectueux.
marque du Christ, formée des deux premières lettres grecques de son nom.